" Les chemins de poussière "


J'emprunte un chemin de terre à la rencontre d'une maison ou d'un village oublié.

Là le temps semble s'être arrêté, l'ambiance est oppressante, les bourrasques d'air n'emmènent que la poussière des rues désertes et silencieuses.
Les portes de maison, quand elles existent encore, sont restées ouvertes, laissant entrevoir dans l'obscurité le reste d'une vie passée. Selon l'état des lieux on ne peut plus que l'imaginer.

Bouteilles à moitié vide, chaussures rangées aux pieds des lits ou prises dans les décombres des toits écroulés,vestes accrochées aux poignées des portes, tout n'est qu'immobilité, tout semble attendre sous un linceul de poussière.
Les enfants ont fait place au chiendent et à la ronce, leurs fantômes proposent un voyage dans l'âme des maisons et celle de ceux qui les ont habitées.

Surtout ne rien toucher, ne pas troubler ce sommeil. Un malaise m'envahit, une impression de violer l'intimité de personnes bien présentes, malgré leur absence définitive.
Dés lors, je me tais, je me permets juste de photographier…

Et je pense…

Autour de moi des personnes ont disparu, je garde en moi leurs visages, je me souviens encore de leur voix, dehors le vent murmure…

© Ph. Rinjonneau